Témoignage : « J’avais beau le bloquer, il créait de nouveaux comptes »

Témoignage : « J’avais beau le bloquer, il créait de nouveaux comptes »

Les chiffres disent que 40% des élèves ont déjà subi des agressions en ligne, et que les filles sont trois fois plus vulnérables que les garçons. Mais derrière ces données, nous oublions souvent des histoires bien différentes les unes des autres, ainsi qu’un fait simple : le cyberharcèlement concerne tout le monde et peut arriver à n’importe qui.

Une étudiante de dix-neuf ans, qu’on appellera Clara, a accepté de partager son expérience.

Cette histoire aura duré deux ans. Comme pour beaucoup de cas de cyberharcèlement, tout a commencé sur les réseaux sociaux — ici, sur Skype. Membre d’une communauté de jeux de rôles, Clara avait alors quinze ans et s’était fait de nombreux amis virtuels avec qui elle partageait sa passion.

“Il y avait beaucoup de couples qui se formaient à distance”, nous explique-t-elle. “Un jour X, un des garçons de cette communauté, m’a demandé de sortir avec lui. Mais j’ai refusé.”

C’est ici que le cauchemar a commencé. Clara nous raconte par la suite qu’elle est sortie dans la vie réelle avec une autre personne, dont X est devenu très jaloux. Pendant plusieurs mois se sont multipliés les messages haineux, les insultes et les humiliations verbales.

“J’avais beau le bloquer, il créait de nouveaux comptes Skype pour rentrer en contact avec moi. Comme les insultes ne marchaient pas, il est devenu très gentil, vraiment mielleux pour que je revienne vers lui. Je ne cédais pas et au bout d’un moment, il est venu à bout de toutes ses adresses mail et n’a plus pu refaire de comptes. J’ai cru qu’il allait en créer des nouvelles pour continuer, mais il ne l’a pas fait.”

Ce n’était toutefois que le début de l’histoire. Après un certain temps, nous raconte-t-elle, X a trouvé son compte Facebook et a même obtenu, après s’être fait passé pour une bonne connaissance auprès de ses amis, son numéro de téléphone. Pendant presque un an se sont multipliés les messages et les appels menaçants pendant les cours. Entendre sa voix ou même son pseudo en venait à la faire paniquer.

Il aura fallu en arriver jusqu’au point de rupture pour que Clara accepte d’en parler à ses parents, alors opposés aux amitiés virtuelles et à la communauté Skype qu’elle aimait fréquenter.

“La fois suivante, c’est mon beau-père qui a décroché”, se remémore-t-elle. “Il s’est présenté et l’a menacé de le retrouver si jamais il continuait à m’appeler. Ce n’était sans doute pas la meilleure chose à faire juridiquement parlant, mais il ne m’a plus jamais appelé depuis. Enfin pas directement.”

En lui demandant d’expliciter ses propos, nous apprenons qu’il s’est par la suite tourné vers ses amis, à qui il répandait des rumeurs à son sujet en utilisant des captures d’écran trafiquées où on la voyait dire du mal d’eux. Par la suite, il est sorti avec sa meilleure amie et utilisait ses comptes pour continuer à envoyer des messages à Clara. Elle a dû se résoudre à la bloquer sur les réseaux sociaux, de même que pour toute personne s’étant laissée manipuler.

“J’ai perdu beaucoup d’amis dans cette histoire. Il n’y a vraiment que ceux qui étaient au courant de l’affaire et qui me connaissaient bien qui ne se laissaient pas avoir. Je pense que si ça avait continué j’aurais sérieusement envisagé de porter plainte, mais je n’avais pas envie que ça soit inscrit dans mon casier judiciaire et que ça me suive. Mais si je n’avais pas eu le choix je l’aurais quand même fait, juste pour que ça s’arrête.”

Aujourd’hui encore il lui arrive de croiser X au sein des forums des communautés qu’elle fréquente, mais ses amis le bloquent dans ces discussions.

“Si j’ai un conseil”, conclut-elle, “c’est d’en parler à des personnes de confiance. Je voulais m’en sortir seule au début mais même si ça a été difficile, ce fut une bonne chose de demander de l’aide à mes amis et à mes parents. Donc vraiment, parlez-en à vos proches, et même à vos professeurs si ça s’étend jusqu’à votre établissement scolaire. Ne restez pas isolés.”